6 août 2013

La légende de l'homme sans tête

Jean Georges Schneider


Parfois, la nuit, quand un orage menace, on voit s'avancer, sur la route de Mittelbergheim à Barr, un carrosse qui roule lentement. Si vous approchez, vous verrez que les chevaux ne sont que des squelettes et que le cocher tient à la main un large couteau. Le carrosse dégouline de sang. A l'intérieur, un homme est assis, il tient sa tête sur ses genoux. Pour effrayer les passants attardés, il la leur tend par la portière. C'est Euloge Schneider, le grand massacreur de Strasbourg qui fit exécuter des milliers(*) de personnes pendant la révolution.

Euloge Schneider
Moine défroqué allemand, né en Franconie en 1756, il est expulsé de son pays en 1791. Il se réfugie à Strasbourg la même année. Nommé accusateur public près le Tribunal révolutionnaire, il est le chef du parti jacobin germanophone. En juillet 1792 il fonde son journal «Argos». Il crée pendant la Terreur une association ultra-révolutionnaire, qu’il baptise «La Propagande ». Il sera arrêté par Saint-Just, et guillotiné le 1er avril 1794, malgré un retentissant appel à Robespierre. Seinguerlet voit dans le conflit entre Schneider et Saint-Just une lutte entre jacobins francophones et germanophones (il qualifie Schneider de «jacobin fédéraliste»). Tandis que Charles Nodier qui, à l’âge de 13 ans, était venu à Strasbourg prendre des leçons de grec chez… Euloge Schneider, pense que Saint-Just, qu’il ne porte pourtant pas dans son cœur, ne pouvait accepter d’avoir trouvé plus terroriste que lui.



*En réalité, à peine plus d'une trentaine de guillotinés.
Claude Betzinger - Vie et Mort d’Euloge Schneider, ci-devant franciscain - 1997

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire